Souvent, comme bon nombre de personnes qui pratiquent ma discipline,  j’ai eu à répondre à cette fameuse question « mais pourquoi fais-tu de la boxe? pourquoi ne pas faire du foot ?”                                                                                                                                                                                           

Tout d’abord, je tiens à préciser que j’ai joué au tennis pendant longtemps et que je prends plaisir quand le coeur m’en dit de faire du foot avec mes amis. Néanmoins, la boxe est plus qu’un sport, c’est un moyen d’expression de l’art, une discipline classée au même titre que le Karaté ou le Judo. Sémantiquement, on ne joue à pas à la Boxe, on la crée et on la pratique; on ne fait pas des matchs de Boxe mais des combats pour lesquels il faut du courage et de la pugnacité. Cette différence est fondamentale, elle sous entend une discipline et un engagement beaucoup plus important que pour les autres activités sportives.Historiquement, la boxe anglaise a été théorisée et codifiée en Angleterre. Devenue discipline olympique en 1904, en réalité, elle est encore bien plus ancienne que cela.

si elle est pratiquée avec élégance, technique et agilité, la boxe peut être belle, captivante

Les origines de la boxe remontent à la Grèce antique et se faisait appeler pugilat. D’ailleurs, le célèbre philosophe Aristoklés plus communément appelé Platon ( qui vient du grec platus signifiant: large d’épaules) était un grand pugiliste et participa à plusieurs olympiades. Se pratiquant nue dans un espaces non délimité, il n’était pas rare à cette époque que la mort soit l’une des finalités du combat. Aujourd’hui, notre société n’hésite pas à qualifier la boxe comme étant brutale, violente ( parfois sanguinolente). Certes, mais il ne faut pas oublier qu’elle symbolise une vérité, parfois, peut-être l’essentiel: deux individus dans un ring s’adonnant à un art brut sans concession.

Néanmoins, si elle est pratiquée avec élégance, technique et agilité, la boxe peut être belle, captivante voir inspirante. Les exemples sont nombreux, à commencer par mon maître Mohamed Ali, qui surpassait ses adversaires par son style et ses fulgurances ou encore George Carpentier, qui marquait de son panache chacune de ses apparitions que cela soit à l’intérieur ou à l’extérieur du ring.

“Pour boxer, il faut savoir composer et danser”

D’ailleurs, à la question « quelles sont les qualités pour être un bon boxeur ?», je réponds prioritairement qu’il faut savoir composer et danser. Cette réponse peut en amuser plus d’un, mais pour moi, c’est une évidence. Comme les autres arts martiaux, la boxe est une répétition de mouvements, un ballet orchestré depuis l’ombre de la salle d’entraînement jusqu’au ring final. Chaque coup a été travaillé, répété et assimilé méthodiquement. Tout est découpé, savamment préparé par l’entraîneur, pour être ressorti le grand soir. N’oublions pas l’intelligence des boxeurs, cette intelligence du corps qui fait anticiper et appréhender les coups permettant l’art de l’esquive. Oui de l’intelligence, il en faut, celle qui pousse le combattant à préparer sa stratégie en utilisant ses capacités d’abstraction pour appréhender les atouts et faiblesses de son adversaire. Finalement, la boxe est une affaire de sens et d’esprit.

À quoi penses-tu quand tu montes sur le ring ?

 

À vrai dire, quand je monte sur le ring, je monte avec mon équipe, mes proches et toutes les personnes qui me soutiennent. Cet élan fraternel nourrit ma motivation, décuple ma force et me fait aller vers la victoire.Au sein du ring, je perçois leur soutien et dans l’ombre des projecteurs j’inhale la force qu’il diffuse autour de moi.Lors de mon entrée en scène, je suis confronté à une sensation étrange quasi mystique; c’est comme si le temps se décomposait et que l’univers n’était plus en expansion.

“Comme l’art, la boxe souhaite montrer la vérité, celle du ring”

Et peu à peu, une séparation s’installe avec le monde profane. Comme dans une Cathédrale, lorsqu’il foule un ring, le boxeur rentre dans un univers particulier. Il y a donc une spiritualité et de l’humilité dans notre discipline, quelque chose qui nous transcende et qui nous pousse vers le même objectif: la victoire. Il y a du sacré dans la boxe. Comme l’art, la boxe souhaite montrer la vérité, celle du ring. Quand la cloche sonne, les masques que nous nous efforçons d’arborer volent en éclat; les caractères se révèlent et la vérité éclate aux yeux de tous. À l’issue du combat, aucun mensonge ne survit.

Finalement, la boxe est à l’image du monde dans lequel on vit, de la nature humaine. Elle met en exergue tout ce qu’il y a de bon dans l’humain ( courage, volonté, persévérance, résilience) mais paradoxalement, elle révèle une violence originelle, celle qui est commune à tous. Évidemment, cette théatralisation de la violence est encadrée et ne doit jamais dépasser le coeur d’un ring. Le respect de l’adversaire régit mon comportement autant dans la victoire que dans la défaite. il faut être deux pour faire un beau combat. C’est en boxant qu’on apprécie la paix.                                                                                                                                                                                                                               

Vous l’aurez compris, chacun de mes combats est la récitation d’une partition, créée spécialement pour l’occasion. Je ne la récite qu’une seule fois, elle est donc éphémère et se consume à chacun de mes coups. Je la compose à l’ombre des projecteurs et la partage le moment venu. Ma prochaine représentation se déroulera au mois de mars 2019, à l’occasion d’un combat pour le titre de champion d’Europe. Je vous invite à prendre part à cette symphonie qui s’annonce inoubliable.